Le constat est sans appel : le Printemps arabe est un échec dans la grande majorité des pays où la vague d’émancipation a laissé place à une reprise en main musclée et autoritaire par les gouvernants. Egypte, Libye, Yémen, Syrie... La révolte arabe, partie de Tunisie le 17 décembre avec l’immolation par le feu d’un marchand de légumes à la sauvette à Sidi Bouzid, a essaimé en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Comme une traînée de poudre, mais avec des fortunes diverses. Ainsi, en Egypte, quatre ans après le soulèvement populaire, la parenthèse démocratique ouverte après la chute de Hosni Moubarak a été refermée. L’ex-chef de l’armée et actuel président, Abdelfattah Al Sissi, a destitué le président islamiste élu Mohamed Morsi en juillet 2013 et a instauré un régime encore plus autoritaire que celui de l’ancien raïs, réprimant toute opposition, islamiste mais aussi laïque. Le cauchemar syrien a détruit l’esprit des changements espérés, suscités par les soulèvements du Printemps arabe. La promesse de ce printemps a laissé place, en Syrie, à une violence féroce et prolongée ainsi qu’à des mouvements politiques identitaires divisés. En Libye, l’intervention de l’OTAN a été lancée un mois à peine après le début de la révolte et a plongé le pays dans l’anarchie et le chaos. Aujourd’hui, la Libye est en proie à une crise politique sans précédent, les armes circulent partout et l’insécurité règne en maître, plongeant le pays dans l’impasse. Au Maroc, après l’espoir suscité par le mouvement du 20 Février, les espérances ont vite laissé place à la dure réalité d’une monarchie qui n’est pas disposée à partager le pouvoir. Le makhzen a repris la répression contre les organisations non gouvernementales et le musellement de la presse. Autre révolte oubliée des Printemps arabes : celle qui a touché le petit émirat de Bahrein, atteint de plein fouet par des manifestation en 2011, menées par l’opposition chiite contre la monarchie sunnite. Quatre ans plus tard, les manifestants se sont inclinés sous la pression, les emprisonnements et les tortures. Comment alors expliquer cet échec ? Pour plusieurs spécialistes, le Printemps arabe a déstructuré les économies de pays autrefois stables comme la Tunisie et l’Egypte, et ruiné un pays prospère comme la Libye. La chute du pouvoir dans ce dernier pays a contribué à la création d’un vide sécuritaire au Sahel. Quelles que soient leurs évolutions politiques, très différentes d’un pays à l’autre, les Etats arabes secoués par des soulèvements populaires ont vu inévitablement leur économie se dégrader. Pertes humaines, destructions causées par les combats, désorganisation des circuits économiques de base et de la vie des entreprises, personnes déplacées dans leur pays ou réfugiés à l’extérieur, exode de personnels qualifiés, tous ces facteurs ont enfoncé les pays arabes dans la crise.
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