samedi 10 octobre 2015

L’alibi d’un pouvoir omnipotent

L’on savait que la transition tunisienne était sérieuse, réussie et aboutie. Elle vient d’être «nobélisée» et son expérience – la seule qui ait marché après les Printemps arabes – érigée en modèle par le prestigieux prix Nobel de la paix qu’elle vient de recevoir. Qu’en est-il de l’Algérie dont les promesses de réformes remontent à cinq ans ? On se rappelle de ce 16 avril 2011, au milieu de la tourmente qui avait frappé certaines dictatures arabes, quand le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, déjà affaibli par la maladie, a fait d’une voix éteinte faire un discours à la nation, parlant d’inéluctables réformes politiques, d’une révision de la Constitution et de l’ouverture de l’audiovisuel à l’initiative privée. Naïvement, beaucoup pensaient que le processus de réformes allait réellement s’enclencher à la faveur des changements qui avaient lieu dans plusieurs pays arabes. Un autre discours du chef de l’Etat, tenu une année plus tard, à la veille des élections législatives de mai 2012, laissait présager un réel changement par la promesse de passer le flambeau à la génération de l’indépendance. Des consultations politiques ont été lancées autour de la révision de la Loi fondamentale. Seulement, cinq ans après, rien n’a été fait. Au contraire. Le pouvoir a instrumentalisé à son profit le chaos généré par les révoltes arabes en Syrie, au Yémen, en Egypte et en Libye. Bien que malade, le président Bouteflika se présente, au milieu d’une très vive contestation, pour un quatrième mandat. Les promesses, c’était, en fin de compte, pour gagner du temps. La tourmente du voisin libyen et l’insécurité menaçante qui régnait dans la région du Sahel ont servi d’alibis pour le maintien du régime. Le matraquage médiatique faisant bien croire aux Algériens qu’un éventuel changement aurait été une menace pour la stabilité du pays, que la reconduction de Bouteflika à la présidence de la République était le meilleur gage de paix. L’Algérie, disaient ses collaborateurs, avait fait son Printemps en Octobre 1988. Quid des acquis de cette révolte qui a ramené le pluralisme politique et médiatique ? Quid de la Constitution de 1996 qui avait consacré l’alternance pacifique au pouvoir par la limitation des mandats présidentiels à deux ? Tout a été remis en cause. Mais la plus grave remise en cause est, sans conteste, la révision constitutionnelle de 2008 qui a permis au président Bouteflika de rester au pouvoir. Ceux qui ont géré la transition tunisienne ont organisé deux élections nickel, sans aucune contestation, pendant qu’à Alger, de larges pans de l’opposition ont contesté les législatives de mai 2012 et l’élection présidentielle du 17 avril  2014, qui ont permis au chef de l’Etat de briguer un quatrième mandat. Une année et demi après son investiture, le locataire d’El Mouradia et ses collaborateurs parlent encore de réformes qui se résument, visiblement, à la prochaine révision de la Constitution que la majorité de la classe politique considère qu’elle n’est pas la priorité du moment. Ceux qui tiennent le pouvoir pensent que l’Algérie n’a nullement besoin de transition. Mais que comptent-ils réformer au juste ? La prochaine révision constitutionnelle, qu’un communiqué de la Présidence glisse dans une explication tardive sur la mise à la retraite du patron du Département de renseignement et de la sécurité (DRS), a-t-elle en réalité un sens ? Le secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), Amar Saadani, qui tente d’expliquer la démarche, parle de «civilisation» du pouvoir. Seulement, à la lumière des réalités nationales que tout un chacun a le loisir d’observer, force est de constater que l’alibi du patron du FLN a peu de chance de convaincre.

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