Les 70 000 câbles de la diplomatie saoudienne, qui concernent l’Algérie, ne sont pas tous porteurs de surprises. On peut y trouver des câbles relatifs à des feuilles d’émargement du personnel de l’ambassade de ce pays à Alger. Mais on peut y lire également des documents relatifs à l’appréciation que se font les Saoudiens des événements ou parfois des secteurs d’activité de notre pays.
Un ministre de la Communication «fraîchement désigné» promet à un ambassadeur d’Arabie Saoudite de «faire pression» sur des journaux algériens pour les pousser à «cesser» d’écrire des articles hostiles sur le royaume wahhabite. Un autre (ancien) ministre quémande une faveur – refusée – pour pouvoir passer une omra «avec sa famille» durant le mois de Ramadhan 2013.
Et un ancien membre du gouvernement dont le nom est envoyé par la représentation diplomatique comme candidat à une visite avant d’être rejeté par les autorités de Riyad, qui lui préfèrent un universitaire. Ce sont là des exemples d’au moins trois ministres de la République qui ont demandé – ou reçu – des faveurs du gouvernement saoudien, révélés par les câbles diplomatiques saoudiens, mis en ligne par le site WikiLeaks.
Le plus grave de ces câbles est donc signé par le ministre saoudien des Affaires étrangères en personne. Dans une note, non datée, adressée au roi Abdallah Ben Abdelaziz, on découvre que l’ambassadeur du royaume d’Arabie Saoudite à Alger avait reçu «le ministre de la Communication qui vient d’être désigné» pour se plaindre notamment des écrits de certains journaux algériens contre son pays. L’ambassadeur a rappelé, selon le document, que «malgré les mises au point de l’ambassade pour rapporter les vérités», certains journaux continuaient à publier des articles contre l’Arabie Saoudite.
Le représentant diplomatique «a demandé au ministre d’exercer des pressions sur ces journaux pour cesser leurs écrits». Et le ministre, dont le nom n’a pas été cité, «a promis de fournir un maximum d’efforts» dans ce sens. La note du ministre saoudien des Affaires étrangères ne précise ni la date de la rencontre, ni le nom du ministre. Mais il est clair que cette réunion s’est tenue quelques jours après un remaniement gouvernemental.
Des faveurs pour une… omra
Autre câble, autre ministre. L’ancien ministre de la Communication, Nacer Mehal, est cité dans une affaire de voyage pour une omra. A une demande de l’ambassade d’Arabie Saoudite, qui a inscrit l’ancien membre du gouvernement, alors directeur général de l’APS, parmi les personnalités invitées du royaume, le ministère saoudien de la Culture acquiesce. Mais il refuse au journaliste algérien le privilège de se faire accompagner par son épouse et de prendre en charge son billet d’avion, malgré la demande de Mehal de voyager dans un avion de la Saudi Airlines.
Contacté par téléphone, l’ancien ministre de la Communication dément. «J’ai voyagé une seule fois sur invitation du gouvernement saoudien. Mais j’ai payé mon billet d’avion de ma poche. J’ai acheté un billet Air Algérie. Je suis à l’aise», indique l’ancien directeur général de l’APS qui se pose la question de connaître la motivation des rédacteurs de ce document. Le cas le plus édifiant est celui de Mostefa Cherif. Un câble des autorités saoudiennes, envoyé à leur ambassade à Alger, refuse catégoriquement d’accorder une faveur à l’ancien ministre. Ce dernier a demandé à effectuer une omra, durant le Ramadhan 2013, en compagnie de son épouse.
Le ministère saoudien de la Culture et de l’Information a estimé, dans un courrier, que la demande de l’ancien ministre algérien de l’Enseignement supérieur a été rejetée parce que les usages interdisent d’accorder le séjour à un intellectuel ou un scientifique «plus d’une fois». Ce qui suppose que le philosophe, adepte du dialogue des religions, a déjà bénéficié des avantages du gouvernement saoudien.
En revanche, les Saoudiens se sont montrés intéressés par une contribution de Mostefa Cherif portant sur la contribution du royaume saoudien au «rayonnement de l’islam». La publication a suscité l’intérêt du ministre saoudien des Affaires étrangères qui a envoyé un mémo à son roi. Nous avons tenté de contacter Mostefa Cherif. En vain.
Les 70 000 câbles de la diplomatie saoudienne, qui concernent l’Algérie, ne sont pas tous porteurs de surprises. On peut y trouver des câbles relatifs à des feuilles d’émargement du personnel de l’ambassade de ce pays à Alger. Mais on peut y lire également des documents relatifs à l’appréciation que se font les Saoudiens des événements ou parfois des secteurs d’activité de notre pays. Ainsi, les Saoudiens font remarquer, à titre d’exemple, que le système bancaire algérien est «archaïque». Ils font le décompte des universités algériennes et informent leur gouvernement sur les efforts fournis pour développer la filière de la pêche en Algérie. On y trouve, également, des correspondances qui synthétisent le déroulement de certains événements.
C’est le cas de plusieurs dépêches qui évoquent le déroulement et la gestion, par les autorités algériennes, de l’attaque terroriste qui a ciblé, en janvier 2013, le site gazier de Tiguentourine. Parfois, les câbles n’apportent pas un plus par rapport aux dépêches d’agences de presse ou des médias classiques. Pour anticiper sur un éventuel impact négatif sur l’image de l’Arabie Saoudite dans le monde, le ministère saoudien des Affaires étrangères a averti contre d’éventuels «faux documents». Mais il n’a en aucun cas démenti leur existence.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire