lundi 13 février 2017

Essais nucléaires : de nombreuses maladies pour rappeler la France à reconnaitre ses crimes coloniaux

Les graves séquelles de la radioactivité, conséquemment aux essais nucléaires menés par la France coloniale le 13 févier 1960 dans la zone de Hamoudia, à Reggane (Sud d’Adrar), restent encore gravées dans la mémoire collective de la population locale, au regard des effets destructeurs de ces essais. Les effets induits par les abominables explosions nucléaires continuent de faire des ravages parmi la population de la région, causant des pathologies jusque là méconnues, aujourd’hui perceptibles aussi bien sur la santé humaine, l’environnement, la faune et la flore. Outre l’apparition au fil des années de nouvelles maladies liées notamment au cancer, la leucémie, la cécité et les malformations congénitales, provoquées par la radioactivité, il est également relevé les stress et troubles psychologiques chroniques qui pèsent lourdement sur la vie quotidienne de la population de cette paisible contrée du Sud. Intervenant dans le cadre de la commémoration du 57ème anniversaire de crime odieux, le psychoclinicien Abdessalem Beneddine a indiqué à l’APS, sur la base d’une enquête de terrain réalisée sur la radioactivité sur des personnes dans la région de Reggane, que ces essais ont eu de lourdes répercussions psychologiques, dont l’angoisse, un des troubles psychologiques faisant encore des ravages parmi la population locale. L’étude signale aussi des personnes souffrant d’hallucinations et de troubles psychologiques après avoir pris connaissance, à travers des rapports et enquêtes, des effets dévastateurs de ces essais sur la santé humaine et l’environnement, appelés à perdurer pour des siècles à venir. Selon ce psychoclinicien, de nombreux habitants ont des appréhensions d’un avenir incertain, devant les répercussions de la radioactivité des essais nucléaires perpétrés par la France coloniale, notamment ceux ayant été proches de la zone qui en a été le théâtre, en raison de leur présence sur les lieux ou ceux ayant vécu cette période. L’enquête déplore qu’en dépit des efforts menés pour la prise en charge des séquelles de ce crime contre l’humanité, ces actions restent insuffisantes au plan psychologique, du fait des craintes hantant les habitants de la région. Ce spécialiste a mis en exergue l’importance de démarches "davantage pratiques" pour appuyer l’accompagnement psychologique des citoyens afin qu’ils surmontent cette angoisse qui vient s’ajouter à d’autres troubles psychiques et neurologiques et la dépression, qui constituent des cas de "véritables souffrances", aggravées par les complications de santé dues aux pathologies du cancer, aux maladies ophtalmologiques, et aux malformations congénitales. M. Beneddine a appelé, à ce titre, à dépêcher des caravanes médicales composées de psychologues, de sociologues et de médecins pour renforcer les actions de prise en charge de la population locale et pouvoir déterminer et cerner les symptômes psychologies, jugés, si elle prennent d’autres proportions, plus graves que les complications physiques. M’hamed Daoudi N°-45, victime et témoin oculaire des essais nucléaires  Ammi M’hamed Daoudi (91ans), issu du vieux ksar de Taoursit commune de Timimoune, un des rares témoins oculaires rescapés de l’horreur du crime perpétré dans la paisible région de Reggane, se rappelle encore ces conditions ayant précédé les essais nucléaires "Gerboise bleue", car employé dans l’un des chantiers de la base aérienne de Reggane, après avoir été transféré, aux côtés de 12 autres, sur les lieux. Ammi M’hamed, portant le N°45 parmi l’effectif exerçant sur la base, se souvient avec amertume que trois jours avant les essais, les forces coloniales leur ont prodigué quelques mouvements simulant leur prévention, sans l’avouer, de la radioactivité suivant les essais nucléaires que la France coloniale préparait, les préparant ainsi pour ces essais nucléaires comme "cobayes humains". Ammi M’hamed demeure l’une des victimes témoignant de l’horreur de ces crimes atroces, portant encore les stigmates induites par les essais nucléaires, dont les maladies de l’asthme et la cécité mono-oculaire.  Des preuves ne pouvant être occultées par les tentatives de falsification Le président de l’association du "13 février 1960" de Reggane, Sid Amar EL-Hamel, a indiqué à l’APS qu’il appartient à l’opinion publique de se souvenir, de se remémorer cette tragédie nationale et de lutter contre toute manoeuvre tentant de faire oublier ces souffrances endurées par le peuple algérien, sous prétexte d’absence de victimes, suite au décès de nombreux témoins ayant vécu cette catastrophe. "Même si les ainés nous ont quittés, les futures générations et la situation écologique constituent des preuves indélébiles témoignant, tout au long de l’histoire, des graves séquelles de cet ignoble crime nucléaire contre l’humanité", a estimé M.El-Hamel. L’intervenant a estimé "impératif" pour la France de reconnaitre son crime pour entrer dans le club mondial nucléaire, et non pas la reconnaissance, selon la loi Morin de 2010, de l’indemnisation des soldats français se trouvant sur les lieux, des essais nucléaires français dans le Sahara algérien. Pour M.El-Hamel, l’exigence par la France du dossier médical confirmant les liens entre les maladies touchant la population et la radioactivité de ces essais, n’est au fond qu'une man£uvre pour faire diversion sur le sujet, en l’absence de moyens scientifiques nécessaires pour le diagnostic des irradiés. Un fait qui, a-t-il dit, demeure "palpable" vu l’histoire et la vérité scientifique sur les répercussions de la radioactivité nucléaire sur l’homme et l’environnement sur plus de 24 siècles. La commémoration du 57ème anniversaire des essais nucléaires français dans la région de Reggane a été marquée par une panoplie d’activités culturelles arrêtées par les associations de la région. Elles ont porté, outre une cérémonie de recueillement à la mémoire des victimes de cette tragédie devant la stèle commémorative à la place des Martyrs, sur l’organisation d’une marche des scouts musulmans algériens, l’animation d’une conférence historique, ainsi que l’organisation d’actions de sensibilisation sur les voies et moyens préventifs du cancer du sein et d’autres pathologies chroniques. APS 


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