- Vous célébrez dix années de fabrication de médicaments dans votre usine. Que souhaitez-vous nous dire à ce sujet ? Cela peut sembler anodin, mais lorsqu’en 2005, nous avons démarré notre unité de fabrication, certains étaient quelque peu sceptiques quant à la capacité réelle d’équipes algériennes, formées dans nos universités et perfectionnées dans des ateliers algériens, à pouvoir fabriquer des médicaments de qualité, sûrs et efficaces. Cet obstacle est maintenant loin derrière nous. Le médicament de fabrication algérienne est devenu une performance banale ; c’est un succès auquel nous sommes, pour notre part, fiers d’avoir contribué avec de nombreux autres fabricants nationaux. Nous sommes surtout fiers de ce qui fait notre plus beau résultat et notre force principale, à savoir la qualité, le savoir-faire et le dévouement de nos équipes. Une usine pharmaceutique est, avant tout, le creuset d’une expérience formidable de formation et de perfectionnement permanent aux techniques et aux process de production pharmaceutique moderne. Bien sûr, tous ces efforts pour garantir un niveau élevé de qualité de notre production représentent une charge financière très lourde, quasiment 25% du budget annuel des dépenses de notre usine. La qualité est notre plus grand atout, mais aussi et de très loin notre premier poste de coûts. - Sur le site de production, n’est-ce pas que les indicateurs ont évolué aussi bien qualitativement que quantitativement… Une des caractéristiques de notre usine actuelle de Oued Smar, c’est la diversité des lignes de fabrication qui permet une grande flexibilité de nos programmes de fabrication/production et une grande souplesse dans l’adaptation aux besoins de notre marché. Au cours des dix dernières années, nous avons démarré progressivement ; pas moins de neuf lignes de production ont été mises en branle, soit deux lignes pour les formes liquides, une ligne de crèmes et gels, deux lignes de suppositoires et une ligne de formes sèches (comprimés, gélules et sachets). Notre gamme de production comprend une centaine de médicaments génériques. Ces ateliers de fabrication sont adossés à un laboratoire de recherche-développement entièrement équipé et fonctionnel. Cela nous permet de disposer d’un portefeuille de produits en développement qui peuvent être conçus et préparés dans des conditions absolument similaires au contexte de production de routine, ce qui est un atout majeur pour le succès de leur transposition à échelle industrielle. Une soixantaine de produits sont actuellement en phase d’étude et de recherche pour les deux prochaines années. Notre laboratoire de développement, qui est animé par une équipe hautement spécialisée, est par ailleurs le support de nombreux programmes de recherche initiés avec des équipes travaillant au sein de centres universitaires algériens. A nos yeux, il n’y a pas de production pharmaceutique viable à long terme sans une ouverture intelligente sur le monde de la recherche. Enfin, je dois mentionner notre préoccupation environnementale qui est illustrée par la réalisation d’une station moderne d’épuration des rejets liquides industriels de notre usine, un projet que nous avons mené à bien en relation avec les services compétents de la wilaya d’Alger. Ce projet entrait dans le cadre des exigences de notre management pour une mise en conformité avec les meilleurs standards internationaux de la production pharmaceutique. - Quelles sont vos ambitions en matière d’investissement à court et moyen termes ? Des objectifs en matière d’exportation ? En tant que groupe Biopharm, nous sommes présents sur plusieurs segments complémentaires, tous dédiés au monde pharmaceutique, qui vont de la production à la distribution, à l’information médicale et à la logistique. Nous employons aujourd’hui un total de quelque 1700 travailleurs, répartis sur ces activités. Et sur chacune de nos activités, nous disposons d’un programme d’investissement ambitieux qui devrait nous permettre de réaliser des taux de croissance conséquent durant les cinq prochaines années. En matière de production, nous venons de conclure une joint-venture avec le laboratoire Cipla pour la réalisation d’une nouvelle usine, ce qui devrait doubler notre capacité de production et la porter très prochainement à 100 millions d’unités. En termes de marché, notre priorité était jusque-là la satisfaction des énormes besoins du marché interne. Cela étant, l’ouverture de marchés à l’exportation fait partie intégrante de nos préoccupations et nous sommes déjà présents, même si c’est encore de manière très modeste, dans cinq pays africains. C’est une voie que nous comptons poursuivre et approfondir. Et, surtout, nous comptons également prendre pied, progressivement, sur le grand marché européen. La certification par l’ANSM est un premier pas dans cette direction. - Quel regard portez-vous sur les politiques des pouvoirs publics en matière d’industrie pharmaceutique et de santé publique ? La politique suivie jusqu’ici par les pouvoirs a, malgré les difficultés, largement porté ses fruits, si l’on en juge par les résultats chiffrés disponibles, à savoir une croissance annuelle de la production nationale de 17% ces dernières années et une part de marché qui est passée en quelques années de 12 à 43%. La progression est jusqu’ici tout à fait remarquable et cela est dû, en particulier, aux mesures courageuses prises en 2008 et qui ont consisté à interdire l’importation de tout médicament fabriqué localement. Les producteurs et les investisseurs ont, de leur côté, largement répondu à cette forme d’incitation. Aujourd’hui, l’objectif affiché des pouvoirs publics est de pouvoir satisfaire jusqu’à 70% des besoins du pays en médicaments. Pour nous, c’est un objectif ambitieux et largement à notre portée, mais cela passe par l’accélération d’un certain nombre de changements structurels dans l’environnement économique et administratif de nos entreprises. Cela passe aussi par des appuis plus conséquents dans des domaines comme la formation aux métiers d’une industrie pharmaceutique en forte croissance. Enfin, nous avons besoin de solutions structurelles à un problème aussi crucial que celui des prix rémunérateurs pour les produits fabriqués localement. C’est un constat général dans tous les pays qui ont réussi à développer leur industrie pharmaceutique. La pérennisation de notre jeune industrie passe obligatoirement par un système de prix adapté qui préserve la rentabilité, garante de la qualité mais aussi des nouveaux investissements, en tenant compte notamment des fluctuations liées à l’évolution des prix des matières premières importées et aux variations monétaires. - Plusieurs laboratoires pharmaceutiques font l’objet de blocages ou de contraintes s’érigeant face à leurs investissements. Pensez-vous que le cadre juridique actuel régissant l’investissement dans le médicament est contraignant ? Bien sûr, les laboratoires pharmaceutiques nationaux voudraient bien, comme toutes les entreprises algériennes, trouver en face d’eux un environnement économique plus simple, plus cohérent et moins bureaucratique. Certains d’entre eux sont effectivement confrontés à des lenteurs dans la conduite de leurs investissements. Ce qui se passe, c’est que la production nationale a atteint aujourd’hui une maturité qui la rend éligible à de plus grandes ambitions, elle a besoin d’une vision claire de son développement qui soit portée et soutenue par les pouvoirs publics. La conjoncture économique difficile que nous traversons devrait nous pousser à aller dans cette direction. Notre industrie recèle déjà en elle une dizaine de champions potentiels qui, pour peu qu’ils soient accompagnés et soutenus, sont en mesure non seulement de faire face à la concurrence importée, mais surtout de rayonner à l’échelle internationale et de pénétrer des classes thérapeutiques jusque-là monopoles d’un nombre restreint de pays à travers le monde.
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