dimanche 3 juin 2018

Vidéo critique de Layla Haddad : Les autorités algériennes mal à l’aise

La journaliste algérienne Layla Haddad, ancienne correspondante de l’ENTV à Bruxelles, vient de susciter la colère des autorités algériennes. Sa vidéo, diffusée jeudi dernier à partir du siège du Parlement de l’Union européenne, dans laquelle elle invite le président Bouteflika à mettre fin à cette «image indigne» de l’Algérie renvoyée au monde entier, a titillé les tenants du pouvoir en Algérie qui préparent le 5e mandat. En moins de 4 minutes, la journaliste dit ses quatre vérités sur les 19 ans de règne du chef de l’Etat. Elle a choisi de commencer son message par un bref rappel des prestations diplomatiques du président Bouteflika en tant que ministre des Affaires étrangères, avant de le ramener à la réalité d’aujourd’hui, où il est réduit, selon elle, «à un objet» entre les mains «de son frère cadet». «Monsieur Bouteflika, j’étais une enfant lorsque vous avez livré, en 1974, votre mémorable discours devant l’Assemblée des Nations unies. 44 ans passés, et vous voilà assis sur une chaise roulante, le regard hagard et la bouche béante. Monsieur Bouteflika, parler et comprendre sont devenus pour vous un exercice très difficile, voire impossible à mesure que votre maladie avance», déclare-t-elle d’emblée. Utilisant encore des mots très durs, Layla Haddad dénonce surtout l’usurpation de la fonction présidentielle par le frère cadet du chef de l’Etat, Saïd Bouteflika. «(…) Les barons du régime, dont fait partie votre propre frère, se sont arrogé le droit de disposer de vous. Ne les laissez plus vous soustraire à votre humanité. Si minimes soient encore vos moments de conscience, vous ne devez plus tolérer d’être traité comme un objet», lance-t-elle encore. Et d’ajouter : «19 ans au pouvoir usent le cerveau et les sabots du mouflon le plus agile. N’est-il pas plus que temps de tracer un trait sur votre parcours. La fonction de président que votre frère a squattée, la croyant un bien vacant, est devenue de votre fait une fonction vacante.» Ce faisant, la journaliste appelle le chef de l’Etat à mettre un terme à cette situation. «Il est temps que vos apparitions sur les écrans des télévisions du monde entier cessent, en dépit des intérêts économiques et financiers des prédateurs qui vous entourent. L’histoire retiendra, monsieur Bouteflika, que votre dignité et celle de tout un peuple ont été bafouées.» La colère de l’ambassade d’Algérie à Bruxelles La vidéo largement partagée sur MSN et Facebook a fait réagir l’ambassade d’Algérie à Bruxelles. Dans un communiqué diffusé vendredi soir, la représentation diplomatique algérienne à Bruxelles dénonce d’abord ce qu’elle appelle «le détournement inacceptable de symboles de l’Union européenne (UE) et du siège du Parlement européen pour attenter à l’honneur et à la dignité des institutions algériennes». «A la suite de la publication, par une pseudo-journaliste d’origine algérienne, d’une vidéo offensante attentant à l’honneur et à la dignité des institutions de la République algérienne, l’ambassade a effectué ce jour des démarches officielles pressantes auprès des responsables de différentes instances de l’Union européenne (...) pour dénoncer énergiquement le détournement inacceptable des symboles de l’UE et de l’espace réservé par le Parlement européen aux journalistes professionnels», lit-on dans ce communiqué. L’ambassade regrette aussi que des symboles de l’UE et un siège de l’une de ses institutions aient «servi de cadre à cette misérable mise en scène qui entre dans le cadre de la feuille de route de cet agent invétéré de la subversion et de la sédition». L’ambassade est allée encore plus loin jusqu’à invectiver la journaliste en prétendant que l’ancienne correspondante de l’ENTV à Bruxelles a été congédiée à cause de son «son incivisme» et de son «comportement bipolaire». L’ambassade, lit-on dans le même communiqué, «déplore l’attitude de cette pseudo-journaliste qui a mis servilement sa voix et sa plume mercenaire au service de puissances étrangères hostiles à l’Algérie». «Dans sa litanie de contrevérités suintant l’aigreur et la frustration, cette ancienne correspondante de l’ENTV à Bruxelles (...) a choisi, pour des considérations purement mercantiles et opportunistes, de vomir sa haine de l’Algérie, ses symboles et ses institutions».

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