lundi 30 mai 2016

Un militant de la première heure

Chawki Mostefaï n’est plus de ce monde. Il s’est éteint, avant-hier à Alger, à l’âge de 97ans. C’est un grand militant de la cause nationale qui vient de s’en aller. Chawki Mostefaï est indéniablement un monument, un grand moudjahid qui a consacré sa vie pour l’indépendance de l’Algérie. Il s’est retiré définitivement de la vie politique pour se consacrer à son métier de médecin. «Tout jeunes déjà avec quelques camarades du collège de Sétif, dans les années 1934 à 1938, nous formions un groupe de patriotes ; on se disait nationalistes qui suivaient assidûment les péripéties politiques de l’époque. Notre groupe comprenait Allag Abderrahmane de Kherrata ; Ali Benabdelmoumène de Toudja-Béjaïa ; Derouiche Mohammed de Perigotville (Aïn El Kebira) ; Ahmed Sidi Moussa de Michelet (Aïn El Hamam) ; et moi-même de Bordj Bou Arréridj», écrit Chawki Mostefaï dans une lettre adressée à Lamine Debaghine il y a quelques années. Ce fut en fait un groupe qui formait un «îlot» assez insolite, dans cette région du Constantinois où régnait, disait-il, la fédération des élus. Nourri aux idées nationalistes et abreuvé au journal de l’Etoile nord-africaine La Oumma, ce grand militant, — qui avait lui et ses amis du collège de Sétif à peine 20 ans — pensait déjà à déclencher la guerre contre le colonialisme en 1940. «Combien était plus réaliste à nos yeux la revendication de l’indépendance comparée à la fumeuse politique d’assimilation d’un peuple arabe et musulman à une communauté étrangère et catholique de surcroît», racontait-il. «C’est ce petit groupe de cinq élèves qui se retrouvera en ce mois de juin 1940 rassemblé à la Faculté d’Alger : Allag, Derouiche et moi-même en médecine ; Benabdelmoumène et Sidi Moussa en droit». Ils deviendront tous, au contact d’un grand militant du mouvement national, Lamine Debaghine en l’occurrence, militants du Parti du Peuple Algérien (PPA). Chawki Mostefaï fera partie de la direction du PPA/MTLD et membre de son Comité central. Il jouera un rôle important dans les événements du 8 Mai 1945. En mars-avril 1945, il prépare les modèles d’emblèmes devant faire l’objet d’un choix par la direction du Parti du drapeau qui sera arboré comme emblème national à la tête des défilés qui devront célébrer sur tout le territoire algérien la victoire imminente sur l’hitlérisme. Cet emblème deviendra le drapeau national de l’Algérie indépendante. En 1949, le défunt se retrouva à la Fédération de France. A cette époque-là, il poursuivait ses études de médecine, spécialité ophtalmologie, à Paris. Il y restera jusqu’à 1951 quand il a démissionné du PPA/MTLD en compagnie de trois autres militants. Les raisons de sa démission ? «On reprochait à Messali son injustice, car il considérait que les membres de la direction du parti ne faisaient rien. En 1945, quand il est sorti de prison, il a trouvé le parti engagé dans la préparation de la lutte armée. Evidemment, il n’a pas dit non, il a été pour. Mais Messali ne croyait pas à la lutte armée parce qu’il était l’élève du parti communiste, de l’agit-prop, c’est-à-dire l’agitation-propagande», a expliqué le défunt dans un entretien donné au journal Liberté en mai 2015. Selon lui, «Il (Messali) n’avait pas compris qu’en 1951 l’étape d’agitation était dépassée… L’objectif stratégique que nous avions établi avait été atteint. La majorité du peuple algérien était pour l’indépendance totale et immédiate de l’Algérie, il était pour une politique radicale.» Chawki Motefaï était collaborateur, en 1955, de Salah Louanchi, responsable du FLN en France. Il part ensuite en mission à Tunis pour, entre autres, sécuriser l’acheminement de la délégation extérieure du FLN en territoire tunisien devant participer au Congrès de la Soummam. Entre 1956 et 1958, il a été commissaire politique auprès de Krim Belkacem, chargé des forces combattantes de l’ALN par le CCE. Il a été en même temps rédacteur en chef du journal du FLN, Résistance. Plus tard, ce grand militant a été désigné membre de l’Exécutif provisoire, chargé de préparer le référendum d’autodétermination et l’élection de la première Assemblée nationale constituante de l’Etat algérien. En sa qualité de coordinateur du groupe FLN, il a été mandaté pour négocier avec l’OAS l’arrêt des violences, en particulier le projet de dynamitage du réseau d’égouts de La Casbah et de Belcourt, ainsi que l’adhésion de l’OAS aux Accords d’Evian du 19 mars 1962. Chawki Mostefaï se retire définitivement de la vie politique nationale après l’indépendance.

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