vendredi 28 juillet 2017

Les jeunes Algériens loin des sirènes de Daech

L’organisation terroriste Etat islamique (EI) n’a pas «séduit» les jeunes Algériens. Ils seraient tout au plus 300 à avoir rejoint l’organisation sur ses terrains de guerre. Les forces de police ont démantelé une cellule terroriste du groupe Etat islamique (EI) à Tipasa, rapporte Reuters qui cite une source sécuritaire. Le chef du groupe, Mohamed Yacine Aknouche, 43 ans, est un ancien membre du Groupe islamique armé (GIA), proche d’Al Qaîda. L’individu a été condamné par contumace par la justice française à huit ans de prison en 2004 pour avoir projeté un attentat à Strasbourg (France). Selon d’autres sources, les membres de cette cellule djihadiste s’entraînaient dans une forêt près du village d’Aïn Tagouraït et préparaient des attentats contre les forces de sécurité à Alger. Ce fait permet-il d’avancer que l’EI réussi à recruter des Algériens ? Les rapports publiés ces derniers mois sont catégoriques : Daech n’a pas séduit les Algériens. Si l’organisation terroriste a pu recruter quelque 7000 Tunisiens, il y aurait juste une centaine d’Algériens en Syrie, Irak et Libye. Selon Akram Kharief, spécialisé en défense et sécurité et animateur du site menadefense.net, ils seraient entre 200 à 300 Algériens à être partis en Syrie et en Irak. «On ignore le nombre de ceux qui sont partis en Libye. La journaliste d’Echourouk, Nahed Zerouati, en a croisé pas mal, surtout des femmes en Libye. Elle parle de plusieurs dizaines lors de l’offensive de Syrte. Certaines ont été brûlées vives par l’EI et d’autres transformées en kamikazes», signale Kharief. Selon Tewfik Hamel, chercheur en histoire militaire et études de défense à l’université de Montpellier III (France) et consultant, les chiffres annoncés, approximatifs, sont souvent basés sur des estimations. «Toutefois, il clair que le nombre des Algériens dans les rangs de Daech est faible si on le compare à celui des autres nationalités», estime-il. Les raisons du «manque d’engouement» des Algériens pour la nébuleuse ? «La ‘‘décennie noire’’ a en quelque sorte épuisé la réserve djihadiste algérienne. Les éléments djihadistes de la mouvance islamiste algérienne ont pris les armes dans les années 1990 et la plupart ont été tués ou sont arrêtés», signale le chercheur, reprenant les chiffres du ministère de la Justice algérien : 54 457 personnes (un chiffre global tiré d’une base créée en 2014) ont été poursuivies en Algérie dans des affaires de terrorisme, et ce, depuis le début des années 90’. Signalant que des Algériens sont actifs au sein d’Al Qaîda et ses organisations affiliées, y compris AQMI, Tewfik Hamel affirme que, globalement, la mouvance islamiste algérienne (djihadiste et politique) a toujours été «ambiguë» dans ses relations avec une sorte d’internationale djihadiste. Mouvance islamiste divisée «La mouvance islamiste algérienne a toujours été divisée sur l’allégeance à une internationale islamiste. Seule une partie de celle-ci a toujours voulu s’inscrire sous la tutelle de Ben Laden», constate-t-il. Pour le chercheur, trois catégories traversent et composent à la fois les organisations du djihad mondial et les groupes locaux : politiques, djihadistes, puristes : «Ces factions ont toujours été une composante des mouvements islamistes du djihad mondial et locaux, y compris algérien et tunisien. Les allégeances et appartenances locales aux sectes politiques, djihadistes et da’wa du salafisme algérien ont beaucoup changé durant les trois dernières décennies. La mouvance djihadiste a été affaiblie. Toutefois, l’idéologie islamiste n’a pas été vaincue. Les islamistes cherchent à récupérer et (ré) investir idéologiquement des terrains qu’ils ont perdus militairement.» Pour Akram Kharief, plusieurs raisons expliquent le nombre insignifiant d’activistes algériens dans les rangs de l’EI : l’effort de prévention et de coordination mené par les services de sécurité avec les autres pays pour détecter, entre autres, à l’avance, les profils de volontaires, le tarissement du «potentiel de terroristes» dans la société algérienne et l’absence d’encouragement, même discret, du gouvernement algérien, comme en Tunisie ou au Maroc. Quels sont les moyens mettre en œuvre pour faire face à la radicalisation de ces jeunes ? Pour Tewfik Hamel, la radicalisation est le résultat d’interaction de trois éléments : individu, organisation et environnement. Selon lui, de grands efforts sont donc nécessaires notamment, allant de la prévention aux aspects opérationnels : un rôle actif de l’école ; revoir la formation des imams en intégrant les sciences sociales dans leur formation ; développer suffisamment des infrastructures sportives ; nettoyer le pays des organisations actives sur le territoire ; bannir la violence dans l’espace public comme un moyen d’expression. «Neutraliser politiquement, institutionnellement et démocratiquement la mouvance radicale et violente est un impératif et un prérequis dans le processus d’édification d’un Etat algérien moderne. La démocratisation est un impératif», conclut-il.  

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